Chronique de la vie ordinaire
Maladie de Charcot;
un combat
pour la vie
Cela faisait quelque temps, à la
fin de l'année 2011, que Jean-Philippe Mauras directeur du «Cornouaille», le festival d'été de Qimper, cherchait à me
joindre par téléphone, à la mairie de
Peillac. Cette insistance me surprenait
n 'étant plus, depuis une dizaine d'années, au titre des Tombées de la Nuit de Rennes, président de «5 festivals pour un été»,
association regroupant les grands événements urbains de la belle saison en
Bretagne. Mes relations avec le Cornouaille Quimper étaient désormais pour le moins épisodiques
Le contact finit par s'établir;
et quelle ne fut ma surprise de découvrir que son objet était une demande
d'organisation à Peillac d'un fest-noz de soutien à l'association créée par
André Mercerais, habitant de Plessé, atteint d'une affection rare, la «Sclérose
Latérale Amyotrophique» (SLA) , dite aussi maladie de Charcot.
Ma première réaction fut de me
demander pourquoi à Peillac et pas plutôt à Plessé, le lieu de résidence
d'André Mercerais et le siège de l' association de celui ci, les deux communes
étant par ailleurs dans la même communauté de communes, celle du pays de Redon.
Elle fut aussi d'en parler immédiatement à Gérard Goron, à la fois adjoint au
maire de Plessé et batteur des Tri
Yann, le célèbre groupe breton de Nantes; ne serait ce que pour ne pas froisser
la susceptibilité des élus locaux.
Les réponses de Gérard et de
Jean-Philippe, à ma grande surprise,
furent unanimes: «un fest-noz à Peillac, ça marchera; pas à Plessé!». Ce point
de vue était-t-il vraiment fondé, après la vague celtique et le renouveau des
festou-noz des années 1990 qui avaient touché l'ensemble de la Bretagne
historique et réimplanté les danses populaires, même dans les secteurs où elles
n'étaient plus pratiquées depuis longtemps? Foin des interrogations: l'accord
fut donné, une date réservée, le samedi 31 Mars.
Entre temps, la presse locale
relate le décès d'André Mercerais, le 3 janvier 2012, après 3 ans et demi de
lutte. La manifestation sera-t-elle maintenue? Pendant près d'un mois, c'est le
silence. Un échange téléphonique avec Jean-Philippe confirme la poursuite du
combat des membres de l'association d'André Mercerais, dont il fait partie, en
tant que collègue de travail d' Anthony, le fils d'André.
Courant Mars, quelques affiches
apparaissent dans les bars et commerces de Peillac et des communes voisines.
Elles sont sobres et signalent simplement le nom des 3 groupes ayant décidé de soutenir gracieusement la cause
d'Alain: les Plantec de Peillac, Diskuiz de Rennes et Aman de Quimper, sous le
couvert de l'association SLA, acronyme
bien mystérieux pour les personnes non informées sur la maladie de Charcot.
Dans la presse locale, il en est
de même: un papier le mercredi dans «les Infos du Pays de Redon» en locale présente les groupes, sous le titre «Au
profit de l' association SLA, fest noz
samedi 31 Mars », sans explication sur la raison sociale de l'organisateur et
ses objectifs; un papier, avec photographie des frères Plantec, le matin même
dans Ouest France, toujours en locale, sans plus d'informations sur la cause
défendue, en dépit d'une demande de ma part, la veille, auprès du secrétariat de rédaction de Redon pour
éclairer les lecteurs sur l'objet de ce fest-noz et la nécessité d'expliquer
l'acronyme.
Devant cette communication
limitée, je redoute le samedi, vers 22 heures, en approchant de la salle polyvalente de Peillac, de me
trouver en face d' un faible public, comparativement à l'enjeu. Et c'est avec soulagement que je découvre
que plus de 150 danseurs ont répondu à l'appel. Aux entrées, je suis accueilli par Odile
Mercerais, la femme d'Alain et deux de ses amies, membres de l'association.
Leurs visages sont graves, les traits marqués, les regards épuisés Le verbe est
rare, comme un jour d'obsèques, où l' on remercie, comme on peut, les amis, le voisinage, de leur
participation, de leur prévenance; en
l' occurrence, ce soir, le maire de
Peillac, pour la gratuité de la salle et sa présence. A l'intérieur, au stand
des gâteaux, trois femmes aussi de Plessé et de ses environs, et même
impression de douleur, de lassitude et
de dignité mêlées.
Je comprends que le deuil d'
André n'est pas fait, ne saurait être fait et que le fol espoir que son énergie
avait suscité autour de son association dans le combat contre une maladie jugée
incurable s'était en bonne partie écroulée. Ces femmes sont là assurément par
fidélité, par devoir de mémoire, mais aussi pour témoigner, comme toutes
femmes, comme toutes mères, de leur foi en la vie, de la nécessité de se battre
contre l'adversité, contre l'injustice, fussent-elles implacables.
Je comprends alors le manque
relatif de communication, de motivation auprès des médias pour ce fest noz
de la solidarité, pour faire connaître
la cause. Il n'est pas facile de passer, aussi rapidement, de la lutte au quotidien, du local autour d'un être
cher, pour la faire partager au plus
grand nombre.
En même temps, je suis
impressionné, en entrant dans la salle, par la détermination de militants de tous âges à s'engager dans le
combat de longue haleine contre toutes les formes d'atrophies; par le contraste saisissant surtout donné
dans ce contexte grave par les danseurs
débordant de tonicité, littéralement
portés par la dextérité des sonneurs qui ont relevé le défi proposé par
l'association; des musiciens confirmés,
pour la plupart jeunes et proches de l'équipe de permanents du festival
Cornouaille Quimper: Une suite de rondes et chaînes échevelées, de danses
collectives, communautaires, débordant d'énergie vitale qu' observent,
sidérées, les femmes de Plessé., qui «n'avaient jamais vu cela»
Rapprochements décalés, voire
déplacés ou incongrus en ces circonstances? Non, plutôt un acte de foi dans la
vie, une transfusion spectaculaire d'énergie pour redonner espoir et vitalité.
A coup sûr, l'association de André vivra et grandira.
Jean-Bernard Vighetti
le 8 avril 2012, jour de Pâques
des Chrétiens.
|