Inondations de la mi-Février 2014

Inondations de la mi-Février 2014 sur le Grand Redon

Réflexions et propositions pour les temps à venir

 

La crue de ce début d'année démontre avec force que rien n' a été changé sur le cours de l' Oust depuis les grandes inondations des années 2000, notamment quand on constate que, sur les 6 passages permettant de franchir le cours de l' Oust entre l'aval de Malestoit et l'amont de Redon ( Saint-Congard, Le Guélin, Pont d ' Oust, Branféré, Vieux Bourg de Saint Perreux, et Courée), seul celui de Courée était alors praticable, et encore de justesse! Dans cette période de trêve des confiseurs où beaucoup d' usagers potentiels étaient en vacances, la grande difficulté consistait déjà à savoir par où passer pour aller d'un canton à l'autre, les informations reçues dans les mairies sur le sujet étant extrêmement rares!

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1/ Les inondations du Pays de Redon : Un caractère spécifique

Les inondations en Bretagne se manifestent, surtout ces temps ci, dans les villes-ponts de fond d'estuaire (de rias, d'abers ou de golfes marins); sur les sites urbains les plus fréquents en Bretagne, en raison de la longueur et du caractère découpé de ses côtes ( + du tiers). Ces sites urbains propres à la Bretagne font de ces villes des lieux privilégiés de rencontre entre la mer et la terre, voire d'affrontement violent, quand les fortes houles et les grandes marées, les tempêtes et les bourrasques se conjuguent pour frapper de façon répétée au même endroit les biens, les hommes et leurs activités. Ces phénomènes se localisent sur des espaces relativement étroits et précis, là où l'eau, à la fois, déferle en hautes vagues salées et ...dévale à gros bouillons des hauteurs voisines, avec les effets que l'on connaît, à Quimper, Quimperlé, Landerneau, Morlaix....Vannes. En dehors de ces inondations rétro-littorales, on constate aussi des inondations en Bretagne intérieure, notamment dans les zones de confluences, comme à Pontivy où le délestage impératif du lac de Guerlédan sur le cours du Blavet a accentué le phénomène ou comme dans le bassin de Rennes.

 

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Face à ces différents contextes, les inondations du bassin de la basse et moyenne Vilaine, autour de Redon, ont une véritable singularité, en raison du caractère fluvio-maritime de leur territoire, le seul de Bretagne avec le pays nantais, associant un long estuaire à un fleuve en amont de la ville pont; plutôt un ancien estuaire, depuis le barrage d'Arzal en aval, à une confluence de fleuves côtiers. Si les inondations sur le pays de Redon, et particulièrement sur le territoire communautaire du Pays de Redon (67 000 habitants), présentent ce caractère particulier, c'est précisément parce qu'elles se situent sur la plus grande aire de confluences de l' Ouest de la France avec pas moins de 9 rivières et deux canaux convergeant vers Redon, ville située à moins de 80 centimètres au dessus de la mer à 40 kilomètres de l' Océan! Ce territoire, du fait de l'ampleur et de la profondeur de ces voies d' eau, dans leur partie terminale, est, par excellence, une terre de ponts et viaducs, d'ouvrages d'art - mis en place pour l' essentiel depuis le 19 siècle, avec la canalisation de plusieurs rivières - qui permettent la circulation aisée des hommes d'une rive à l'autre

 

En cas de grandes crues, l' eau tombée sur plus du ¼ de la Bretagne historique déboule, se déverse par toutes ces voies d'eau sur l'aire communautaire pour gagner l'estuaire de la Vilaine, ennoyant les plaines alluviales et les marais temporaires en étoile autour de Redon, qui se transforment soudain en petites mers intérieures, quasi infranchissables si les voies qui les traversent ne sont pas hors d'eau ! Celles qui sont sécurisées, sur les deux cours principaux, se comptent sur les doigts d'une main: une sur l' Oust, la ligne de de chemin de fer Rennes Quimper, quatre sur la Vilaine, les ponts de Port de Roche en Langon et de Beslé en Guéméné Penfao, le viaduc routier en amont de Redon et le pont de Cran en aval. Toutes les chaussées d'accès aux ponts routiers étant submersibles sur l' Oust, principal affluent de la Vilaine, c'est un véritable mur d' eau de 40 kilomètres de long qui se forme, lors des fortes inondations, entre les cantons d' Allaire et Rochefort en Terre et celui de La Gacilly aux nombreuses entreprises industrielles; entre les cantons d' Allaire et de Rochefort-en-Terre et ceux de Redon et Saint - Nicolas de Redon , riches en emplois diversifiés, industriels, commerciaux et de services. C' est donc toute la vie économique, sociale, administrative du « Grand Redon», cette ville polycentrique bleue et verte, à dominante industrielle, que constituent aujourd'hui l'aire communautaire et ses 70 000 habitants, qui se trouve affectée, entravée et, au delà, le pays de Redon dans son ensemble, soit plus de 100 000 habitants.

 

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Le remède pour s' affranchir des effets de ce barrage aquatique, de ce mur d'eau, qui pourrait devenir rapidement dans l'esprit de la population un «mur de la honte», consisterait, comme demandé depuis des lustre, à mettre hors d'eau au moins une des voies d'accès aux ponts par surélévation de chaussée sur l' Oust entre l' agglomération redonnaise et le canton d' Allaire et une autre entre les cantons de La Gacilly et ceux d' Allaire et Rochefort en Terre. Des études ont été réalisées, sur ce dernier secteur, par le Département du Morbihan et présentées aux élus dès 2004, après les très grandes crues, sans que cela ait bougé depuis. Il resterait à définir, si ce n'est déjà fait, les modalités d'accès à Redon , là où la vallée de l' Oust porte 2 lignes de 2 ponts, relevant pour les premiers, sur le canal, de l' Ille et Vilaine et, pour les seconds, sur le vieil Oust, du Morbihan, et bien entendu à Aucfer, avec le contournement de Redon Mais, il faut, le reconnaître, dans ce territoire d'eau et de marais, apprécié par ses habitants, les grandes crues sont, un peu comme les volcans en sommeil: on ne les prend en considération que quand elles se réveillent, quand elles se manifestent. Si l'eau est une richesse exceptionnelle pour le Grand Redon et son pays, il faut s' efforcer au plus vite et au mieux de lever, en anticipant, les aléas qu' elle peut engendrer parfois, généralement par les inconséquences des hommes: disparition du bocage, recalibrage des cours d'eau, imperméabilisation des sols...

 

2/ Nécessité de créer une cellule de prévention et de crise sur le territoire

S' iI existe, dans l'urgence, des cellules de crise à l'échelon des Préfectures et, bien entendu, sur Redon, la commune principale- et souvent la plus affectée, avec Saint Nicolas et Rieux - par les crues, il s'avère urgent de mettre en place une cellule opérationnelle, non seulement de crise, mais aussi de prévention et d'alerte, au plus près du territoire. Celle ci pourrait être pilotée par exemple par la communauté de communes du Pays de Redon, qui a depuis 2012 la compétence plans d'eau et rivières, en lien avec les intercommunalités environnantes. Encore faut-il que cela soit compatible avec ses prérogatives et accepté par les instances concernées aux différents échelons territoriaux... même s'il semble que les nouvelles législations territoriales l' autoriseraient (loi de modernisation de l'action publique du 27 Janvier 2014, articles 56 à 59 relatifs à la compétence GEMAPI «GEstion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations», obligatoire pour les Intercommunalités à fiscalité propre au 1er Janvier 2016! Ce serait à elle notamment de penser et coordonner la mise en oeuvre des dispositifs de sécurisation de la circulation des hommes et des biens, de mettre en place des procédures et systèmes d'information, de proximité fonctionnels, auprès de la population pour faciliter ses déplacements au quotidien sur son bassin de vie et d'emploi. A l' heure de la communication tous azimuts, il est difficile de comprendre pourquoi on n 'arrive pas à savoir, à l'instant T tant sur place qu' à distance, quels sont les ponts fermés et les déviations pour contourner l'obstacle Signalons, à ce sujet, que le Département du Morbihan s'est montré réactif par son information sur les routes inondées par voie internet. 

 

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Au total, ces crues à répétition plaident pour l'unité administrative du pays de Redon. En ces périodes de réformes territoriales en France ne serait-il pas temps, après une cinquantaine d' années d'expérimentation et de propositions concrètes, diverses et variées, de revoir le découpage inique d'un bassin de vie et d'emplois cohérent de 80 000 habitants, d'une agglomération minérale de près de 30 000 habitants en 3 départements et 2 régions? Quel territoire, quelle agglomération en dehors de la nôtre, accepteraient, en France sans broncher, de rester dans cette situation d' un autre temps, dans cette situation abracadabrantesque de castration, vieille de 225 ans qui entrave et pénalise plus que jamais, ses habitants au quotidien! La communauté de communes du Pays de Redon par son étendue et ses compétences est un premier pas réussi vers l'émergence d' une ville nouvelle alternative, polycentrique, bleue et verte . Il faut aller plus loin pour l'inscrire dans un cadre administratif correspondant à son contexte géographique, historique, économique et humain exceptionnel!


J.B.Vighetti, le 11 Février 2014