Quel avenir pour la piscine ?

Plaidoyer  pour la réhabilitation du bassin de plein air de la commune de Peillac par Jean-Bernard Vighetti.

piscine.jpg L'abandon du site de la piscine de Peillac par la CCPR pourrait donner le sentiment que seules les activités économiques à caractère industriel, artisanal et commercial d'envergure et les communes adaptées à les accueillir seraient privilégiées sur son aire d'influence, négligeant  les activités liées à l'économie du temps libéré qui n' est pas loin s'en faut une économie résidentielle (cf tourisme, économie culturelle...).; et que finalement on privilégie certaines communes, soutenues depuis longtemps  au détriment d' autres aux potentialités alternatives, mais bien réelles.

 

Contexte:

 

Le bassin de plein air de la commune de Peillac a été implanté sur le site du Pont d' Oust  en 1976 dans le cadre de la politique de Rénovation Rurale de la DATAR, mise en oeuvre sur le territoire par le Comité de Coordination pour l’Aménagement du Pays de Redon et des Pays voisins (le «COCAPAR»).

 

Il  était le fruit  d'une politique d’équipements d’ensemble visant à valoriser et structurer la zone test  de la basse et moyenne Vilaine à des fins éducatives et touristiques:

 

-apprendre à tous  les jeunes du territoire à nager  et leur permettre ainsi de  pratiquer les activités nautiques et de plein air que leur territoire leur offrait (canoë-kayak, voile, aviron...) via la Fédération des foyers des Pays de Vilaine créée en 1971.

 

-équiper les cours du canal de Nantes à Brest et de la liaison fluviale Manche Océan - qui convergent vers Redon, carrefour des voies navigables de l’Ouest de la France- en bassins de plein air et activités de loisirs dans les petits pôles touristiques riverains liés à la pêche  pour en faire à la fois des stations vertes de vacances et des relais nautiques pour la plaisance intérieure en émergence.

 

Ainsi furent réalisées, dans les années 1970 sur les Pays de Vilaine, les piscines de Malestoit, Peillac, Carentoir, Guipry/Messac, La Roche Bernard et Guéméné Penfao permettant à ces communes d’obtenir à la fois  les labels stations vertes et relais nautiques (hors Carentoir) du Comité de Promotion des Canaux Bretons et faisant du Pays touristique des Pays de Vilaine le territoire touristique  le mieux équipé de Bretagne intérieure! Et cela sans trop impacter le budget des communes concernées, par leur caractère de plein air et  saisonnier, en évitant les coûts considérables des superstructures en investissements et de  chauffage en fonctionnement des piscines couvertes.

 

Cette structuration des Pays de Vilaine en équipements stratégiques, ne l’oublions pas, a permis au bon moment  de conforter et diversifier le tourisme rural de  séjour du secteur jusqu' alors  lié exclusivement  à la pêche à la ligne (hôtellerie, restauration, meublé, camping), tout en favorisant l'émergence du tourisme de randonnée et des formes alternatives du tourisme rural (pays touristique, chambres d'hôte, fermes-auberges, itinéraires de randonnées et gîtes d’étape). Elle constitue encore aujourd'hui le substrat principal du potentiel touristique du territoire du pays de Redon qu'il soit de séjour ou   d' itinérance et de passage.

 

Caractéristiques de  l’équipement et  de son évolution dans le temps

 

Sise à proximité de l’Oust canalisé, la piscine de plein air de Peillac jouxte immédiatement le terrain de camping municipal (63 emplacements) et le golf miniature d'interprétation et s'intègre à la base de plein air du Pont d' 'Oust. Son bassin  de 200m2 (20 m x10m) permet d’accueillir simultanément  150 baigneurs) et est entouré d’une terrasse minérale, prolongée au sud par une plage enherbée; le tout entouré d'une clôture haute. Il est assorti d'un local polyvalent : d’accueil avec banque, casiers, cabines, douches, toilette   et technique avec  machinerie,  rangements et stockage. Il est chauffé en bonne partie depuis 1980 par des panneaux solaires

 

Restaurée  en 1997/1998, après le transfert de la piscine, de la commune à la communauté de communes, cette piscine nécessite désormais une totale requalification pour répondre à la législation sur la mise aux normes handicap et traitement de l'eau. L'ARS et la Jeunesse et sports en ont fait la demande express en 2012 et 2013, au risque de voir la piscine fermée définitivement. Cette mise en garde a engendré  la réalisation d'une étude de faisabilité  commandée par la CCPR  sur le coût engendré en investissement. Terminée en fin d'année, elle a abouti à une estimation de l'ordre de 656 000 euros HT dont 526 000 de travaux et 130 000 de maîtrise d'oeuvre.  La question qui se pose au Conseil Communautaire  est de savoir s’il convient ou non de se lancer dans cet investissement. Et avec quelles incidences suivant le parti retenu pour la commune et son environnement immédiat  et bien sûr pour la CCPR?

 

Incidences territoriales  de la disparition éventuelle de la piscine

 

Pour la commune de Peillac, cette fermeture se traduirait par une perte immédiate de son attractivité.

 

-La politique menée depuis plus de 25 ans par les élus locaux visait à faire de Peillac, non pas une cité dortoir,  mais une cité résidentielle du «Grand Redon», de la Communauté de communes du Pays de Redon,. Une cité de 1900 habitants privilégiant le maintien et la promotion  des commerces, de l'artisanat et des services de proximité de ce bourg centre qui rayonne sur un aire de chalandise  de plus de 7 000 habitants (60 commerces et activités artisanales); privilégiant aussi les services à la personne tant dans le médical, le social et le tertiaire que dans les secteurs des loisirs éducatifs, culturels et sportifs via le tissu associatif (55 associations). La disparition de la piscine de plein air- qui joue implicitement le rôle d'un centre aéré, tout en étant un haut lieu de la parentalité et du vivre ensemble et une alternative à l'absence de vacances pour de nombreux foyers- serait incontestablement très mal vécue par la population peillacoise et des environs immédiats. Ce n'est pas pour rien qu'une pétition spontanée de la part de la population et des usagers réunissant plus de 600 signatures a été faite en Août dernier pour demander la réhabilitation de la piscine. C'est une partie de l'art de vivre «à la peillacoise» qui disparaîtrait, obligeant la  population d'un territoire excentré à faire des kilomètres pour trouver un espace de baignade.

 

-La vocation  touristique ancienne de la commune en serait aussi fortement  affectée. La commune perdrait son label station verte de vacances  (voire celui d’Escales d'une rive à l'autre et de communes du patrimoine rural), ainsi que la commune de Saint Martin/Oust associée,  avec  les répercussions  sur la fréquentation des 2 campings communaux respectifs  dont la clientèle est pour moitié de séjour, et bien sûr des chambres d'hôte, gîtes et meublés, loueur de vélo. A Peillac, selon une enquête faite auprès des commerces alimentaires et du bars tabac PMU, ceux ci  attestent d'un chiffre d'affaires de plus de 30% en Juillet /Août par rapport à la moyenne annuelle! A l'heure où la communauté de communes adopte la taxe de séjour et projette de se lancer dans l'investissement touristique, l'affaiblissement sévère des potentialités d'un des pôles les plus importants de la communauté de communes, en ce domaine, serait un contre-sens.

 

-Pour les territoires environnants, le maillage de stations vertes et relais nautiques serait mis à mal sur la partie morbihannaise du canal de Nantes à Brest entre Redon et Malestroit et déséquilibré sur le pays de Redon. De même,  l'implantation des piscines sur l'aire communautaire serait aussi mal répartie, avec la disparition du seul équipement de cette nature en Morbihan, alors que la CCPR prône l'approche polycentrique.

 

Intérêt de la réhabilitation de la piscine de plein air de Peillac

 

Outre les points déjà abordés, le maintien de la piscine de Peillac faciliterait  la  réponse à plusieurs enjeux:

 

-maintien de liens fonctionnels entre le canton de La Gacilly et la CCPR, en vue d'une extension possible de la CCPR à ce canton.

 

-lieu d’apprentissage scolaire à la natation en avant et après saison permettant  aux piscines couvertes de la Communauté de communes du Pays de Redon  de faire face à  la fréquentation scolaire en pleine croissance en raison de l'arrivée de six nouvelles communes et au Cercle des nageurs du Pays de Redon de poursuivre sa politique  d’apprentissage à la natation pour tous en été à Peillac en matinée.

 

-expérimentation sur l'aire communautaire de l’ouverture d’un bassin de plein air hors période d'été, voire à l’année, comme à Léhon  avec succès depuis plus de 30 ans dans le pays de Dinan ou aujourd'hui dans nombre de stations balnéaires ou de montagne, voire de villes, avec économie         d’énergie substantielle et bénéfice évident  pour la santé, en raison de l’absence de chloramine.

 

-prise en compte par la communauté de communes des bases de plein air et de loisirs comme enjeux économique à part entière, au même titre que les parcs d'activités, où la  CCPR finance les infrastructures de base ou leur réhabilitation (Qualiparc).

 

En conclusion, l' abandon du site de la piscine de Peillac par la CCPR pourrait donner le sentiment que seules les activités économiques à caractère industriel, artisanal et commercial d'envergure et les communes adaptées à les accueillir seraient privilégiées sur son aire d'influence, négligeant  les activités liées à l'économie du temps libéré qui n' est pas loin s'en faut une économie résidentielle (cf tourisme, économie culturelle...).; et que finalement on privilégie certaines communes, soutenues depuis longtemps  au détriment d' autres aux potentialités alternatives, mais bien réelles.

 

J.B.Vighetti

 

Maire de Peillac

Vice-Président de la CCPR en charge des piscines

et des activités de plein air et de pleine nature