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Le halage suite Version imprimable Suggérer par mail

Ci-dessous lettre  adressée à Jo Kerguéris, président du Conseil général du Morbihan par Jean- Bernard Vighetti, relatif au goudronnage du halage, suite à son dernier courrier. Il se confirme que le Conseil général a porté plainte contre la pose de petites vignettes s'opposant au goudronnage et a fait diligenter la gendarmerie pour enquêter sur cette affaire. Affaire à suivre.

 
                                                                                                                             Peillac, le 22/05/2009
  
 
                                                                 à l'attention de Joseph-François Kerguéris
                                                                 Président du Conseil général du Morbihan
 
  
Monsieur le Président
 
 
 
Par courrier en date du 19 février 2009, je vous avais fait part de mon inquiétude quant à la nature des travaux prévus par le Conseil général sur le chemin de halage bordant les voies navigables morbihannaises et de mon regret que les élus des communes riveraines n'aient pas été consultés ou pour le moins informés avant le début de leur mise en oeuvre ; et je vous avais demandé rendez vous à ce titre, au nom de plusieurs maires et associations directement concernés par ces travaux.
 
Le 13 Mars dernier, lors de l'inauguration d'un nouveau tronçon de la RD 775 et de la médiathèque de Rieux, vous m'avez fait savoir que vous ne me recevriez pas, mais que vous m'adresseriez une réponse circonstanciée dans les meilleurs délais.
 
J'ai reçu celle ci le 2 Avril dernier, sous la forme d'une note d'information, et je vous en remercie.
 
J'y ai découvert que, si le Conseil général avait fait le choix d' un enduit superficiel à base de goudron et de gravillon rouge brun, il avait néanmoins prévu que «lorsqu'une commune souhaitait la mise en oeuvre d' un revêtement sablé stabilisé, le département ne s'opposait pas à ce que cette technique puisse être retenue sous réserve que la commune accepte par convention d'en assurer l'entretien ultérieur».
 
Pourquoi, dans ces conditions, ne pas avoir informé les communes concernées sur cette alternative avant de commencer à engager les travaux ? Pourquoi ne pas leur avoir communiqué le projet de convention avec le département qui - d'après les bordereaux et extraits de débat de la session du conseil général de la mi- Janvier 2009 relatif au rapport n°13, qui m'ont été transmis depuis par certains conseillers généraux - n'exclue pas une une aide départementale à l'entretien du revêtement sablé stabilisé ? Pourquoi ne pas avoir contacté, comme il l'était envisagé dans le compte-rendu succinct du débat en session du Conseil général, les communautés de communes susceptibles de se substituer aux petites communes sans grand moyen ? Le moins que l'on puisse dire, c'est que si l'on avait voulu que cette alternative au goudron ne soit pas connue des communes riveraines, on ne se serait pas pris autrement !
 
Ce manque d'informations a entraîné une réaction vive et spontanée de la population, sous forme de pétitions, et des élus locaux, par le biais de délibérations, refusant tant le choix du goudron et de l'imperméabilisation du halage que l' obligation d'entretien ultérieur faite aux communes riveraines ayant opté pour un revêtement plus écologique; et ce d'autant que la formule retenue par le conseil général ne s'avère pas pérenne en raison des fréquentes inondations dans le pays de Redon et de la présence tout au long du halage d'alignements d'arbres dont les racines ne manqueront pas de soulever le goudron.
 
Soulignons que les pétitions ont réuni déjà près de 1500 signatures sur la partie morbihannaise du Redonnais, que pratiquement toutes les associations départementales ou régionales de pêche et de randonnées, y compris de cyclotourisme, se sont prononcées contre le goudronnage du halage et que même le conseil municipal de la ville de Redon lors de sa dernière réunion a exprimé le besoin de formuler son désaccord sur ce type de revêtement. Par certains côtés, cette mobilisation citoyenne n'est elle pas la concrétisation du message que le conseil général entend faire passer en ce moment auprès de ses concitoyens morbihannais : «tous éco-citoyens 56», «être éco-citoyens 56, c'est agir pour préserver son territoire» ?
 
Il faut ajouter que le choix du goudron va entraîner un changement radical d'usage du chemin de halage. Jusqu'alors quasiment dédié aux pratiques sportives ou de loisirs à pied ( promenade, randonnée, jogging, footing, triathlon, course à pied, course d'orientation, pêche à la ligne...), il privilégiera, en raison de son revêtement, les pratiques à bicyclette jusqu'alors non autorisées bien que tolérées, les pratiques donc de loisirs rapides, au détriment des pratiques plus douces, plus lentes, y compris celles du vélo en famille. De ce fait, l'ensemble des Chemins de Grande Randonnée (GR) pédestres empruntant le halage perdront leur statut et devront trouver d'autres itinéraires. Cette mutation du halage, de voie verte en piste cyclable, n'était elle pas du reste pré-établie si on en juge par l'intitulé du bordereau 13 de de la session du Conseil général de Janvier 2009 : « révision du Plan départemental en faveur du vélo» ?
 
Le concept de voie verte, de voie partagée entre différents usages de loisirs actifs qu'incarnait jusqu'à présent le halage apparaît totalement remis en cause avec l'enduit superficiel rouge brun retenu, fait de bitume et de gravillon; et les arguments d'économie d'entretien pour justifier le goudronnage du halage semblent désormais bien contestables, au vu des résultats et des prix très bas des nouveaux matériels de désherbage des revêtements sablés stabilisés et de leurs bas côtés enherbés. Ainsi, la désherbeuse mécanique Stab Net des Etablissements Avril Industrie de Ploemeur(56), qui entretient avec bonheur plus de 30 kilomètres par jour de voies vertes en Côtes d' Armor et que j'ai vu à l'oeuvre le 6 Mai dernier à Redon à l'initiative des services espaces verts de la ville a un coût actuel inférieur à 15 000 euros TTC! de ce fait, le montant de l'investissement et d'entretien sur 10 ans au kilomètre et à l'année du halage en revêtement stabilisé devient très inférieur à celui annoncé ( 184 000 E dont 110 000 d'entretien) et même à celui d' un enduit superficiel( 131 000 Euros dont 58 000 d'entretien). L 'urgence pour le moment est, pour moi, plus encore que la nature du revêtement, la consolidation du substrat du halage qui me semble en très mauvais état entre Saint Congard et Saint Perreux et notamment à Peillac, en raison notamment de la prolifération des ragondins et des galeries qu'ils creusent, provoquant l'effondrement du chemin en maints endroits. Il conviendrait donc d'effectuer en priorité ces travaux.
 
Permettez moi, aussi, de m'étonner que l' Inspecteur des sites de Bretagne n'ait pas été interrogé, pas plus que l'Architecte des bâtiments de France du Morbihan, sur la pertinence de ce traitement du halage: la cluse de l'île aux Pies et le Mortier de Glénac ont été classés par l'Etat en Site naturel en 1982 et le tronçon du halage sis sur Saint Vincent/Oust en fait partie; la commune de Peillac quant à elle est dotée depuis 1998 d'une Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager ( la seule du Pays de Redone ), englobant, dans les zones protégées à ce titre, le chemin de halage. De ce fait, une bonne partie du halage compris entre Saint Congard et Redon est soumise à protection par les services de l'Etat. Mon étonnement est d'autant plus grand que le Département   d' Ille et Vilaine, qui a prévu de retraiter le chemin de halage le long de la Vilaine entre Rennes et Redon en revêtement sablé stabilisé, a consulté l' Inspection des sites avant d'engager les travaux sur celui ci, en raison de la présence, depuis 1982, du site classé, de Corbinière entre Guipry, Langon et Messac. Est il concevable que le Département du Morbihan puisse ignorer, à ce point, les lois de la République ?
 
 
En conclusion, si je me réjouis de l' intérêt porté par le Conseil général du Morbihan aux voies d'eau intérieures et au chemin de halage, je regrette vivement le manque de concertation en amont, tant avec les communes qu' avec les associations et les usagers concernés, sur la nature des travaux projetés, et plus particulièrement sur les solutions alternatives et leurs modalités de mise en oeuvre; l'absence de consultation des services de l' Etat chargés de la protection des sites protégés et classés qui pourraient légitimement émettre un avis défavorable.
 
Je le regrette d'autant plus que j' ai toujours apprécié chez vous votre ouverture d'esprit et votre sens du dialogue. C'est pourquoi je réitère ma demande de rendez-vous avec vous ou pour le moins d'information sur les termes de la convention susceptible d'être passée entre le département et les communes refusant le goudronnage du halage et son évolution en piste cyclable de type urbain.
 
Très franchement, Monsieur le Président, ne pensez vous pas que pour des raisons de cohérence de traitement du halage sur le pays de Redon, le conseil général devrait accepter de déroger à sa politique en s'efforçant de l'harmoniser avec celle des départements voisins. Avec sa ville centre située au coeur de la plus grande confluence hydrographique de Bretagne et au carrefour des voies navigables de l' ouest, le pays de Redon n' a jamais pu vraiment exploité ses atouts exceptionnels, en raison d'un découpage administratif aberrant qui a fait de ses grandes rivières des frontières et de son territoire une succession de culs de départements et de régions! depuis 40 ans, il essaie de se faire reconnaître par tous les moyens (zone test de la DATAR et du CELIB, comité d'expansion, territoire de Redon, communauté de communes du pays de Redon, Grand Redon). Au moment où l'on parle de réorganisation territoriale de la France pour mieux coller aux réalités de terrain, que le conseil général du Morbihan veuille persister à vouloir imposer sa marque, presque au fer rouge, sur le halage du Grand Site Naturel de la Basse Vallée de l'Oust risque d'être reçu par les populations et les élus locaux comme un refus de voir ce pays , ce bassin de vie exister pleinement.
 
Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l' expression de ma meilleure considération.
 
 
Jean-Bernard Vighetti
Maire de Peillac
 
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