Le Conseil général du Morbihan projette de goudronner le chemin de halage du canal de Nantes à Brest entre Malestroit et Redon, comme il l'a déjà fait entre Pontivy et Malestroit, sans concertation avec les communes riveraines ni les usagers.
En pleine crise économique et ou une prise de conscience d’un meilleur rapport à la nature est fondamentale pour notre avenir. Les élus du C.G. envoient un message fort aux lobbyistes du Tout goudron.
Une pétition circule depuis quelques jours pour s'opposer au projet.
Ci-dessous le courrier de M. Jean-Bernard Vighetti, Maire de Peillac à Joseph-François KERGUERIS, Président du Conseil général du Morbihan.
Par la présente, je tiens à vous faire part, en tant que maire de Peillac, président du Grand Site Naturel de la Basse Vallée de l' Oust et secrétaire de l' association Escales d' une rive à l'autre, de mon désarroi et de mon inquiétude devant les travaux en cours sur les rives du canal de Nantes à Brest et du Blavet canalisé, à l' initiative du Département du Morbihan.
Loin de moi l'idée de regretter que le Conseil Général engage une grande campagne de travaux en faveur des canaux bretons et donc du nautisme et du tourisme intérieurs. Cela fait plus de 40 ans que l' on en parle, le département ayant annoncé, urbi et orbi dans les années 1960, sa volonté de lancer un programme important et structurant d'aménagement le long de ses voies navigables pour contrebalancer les investissements côtiers !
Que le département concrétise aujourd'hui ses ambitions en ce domaine ne peut donc que satisfaire les collectivités riveraines et les acteurs de terrain concernés qui regardaient avec envie jusqu' à présent les initiatives prises en ce domaine par les Conseils Généraux de Loire Atlantique et du Finistère sur le canal de Nantes à Brest et par ceux d' Ille et Vilaine et des Côtes d' Armor sur la Liaison Manche - Océan.
Ce qui me choque, ce qui choque nombre d'élus riverains :
c'est, d'abord, l'absence de concertation, sur les travaux envisagés, entre le Département et les communes concernées. Un échange en amont aurait permis aux élus locaux de donner leurs points de vue sur la pertinence de ceux ci , d' informer en connaissance de cause la population locale sur les raisons des choix retenus et d' anticiper à l' occasion les réactions des différents usagers de la voie d'eau et de ses abords.
c' est, ensuite, la nature même de certains de ces travaux, comme le recouvrement par des couches
de goudron rose du chemin de halage, l'abattage d' arbres qui qualifient le paysage, alors qu'ils ne sont ni à maturité, ni malades, le parti retenu pour la restauration des berges, la suppression de certains bâtiments utilitaires, la localisation malencontreuse de certaines barrières ou d' accès au halage.
Je tiens, sur la nature de certains des travaux déjà réalisés ou prévus qui fâchent, à rentrer un peu plus dans les détails:
. Chemins de halage: après le remembrement et ses travaux connexes qui ont fait disparaître dans les années 1960-1970 bien des chemins, avec le goudronnage de nombre des chemins restant du domaine privé des communes, le chemin de halage constituait pour les habitants des communes riveraines ou ses hôtes de passage, un havre de pleine nature, un lieu de promenade familial, de randonnées et de loisirs tranquilles comme la pêche à la ligne, de méditation et de repos. Qui pouvait imaginer que l' on puisse vouloir traiter cet étroit ruban de plaisirs paisibles au bord de l'eau comme une piste cyclabe de bord de route? Et pourtant c'est ce qui a déjà été fait sur la section Malestroit - Josselin, un peu à l'image de la «voie verte» Pleucadeuc-Mauron, sur l'ancien tracé de la ligne de chemin de fer, et c'est ce qui se fera bientôt de de Josselin à Pontivy et de Malestroit à Redon, alors que dans ce dernier secteur, sujet aux inondations régulières, il est plus probable que le goudron disparaîtra avec la première crue importante et que c'est pour cette raison que les départements voisins se sont interdits ce type de traitement.
Les conseillers généraux des territoires concernés ont laissé entendre que ces choix avaient été dictés aux services du Département par des raisons d'économie , mais surtout de sécurité et de responsabilité avec l' ouverture officielle du halage aux cyclistes. Cela est discutable, même pour les cyclistes eux mêmes. Tous ne roulent pas à la même allure, avec le même matériel et si la piste est roulante, elle attirera fatalement les amateurs de vitesse et les engins motorisés, avec les risques de conflits d' usage et de collision inhérents. Ces derniers risquent d' être d'autant plus fréquents que le canal de Nantes à Brest, contrairement à celui d'Ille et Rance, ne dispose pas de contre - halage alors que la pratique de la randonnée le long du premier est beaucoup plus recherchée que le long du second. A noter que la Ligue de cyclotourisme de Bretagne, lors de la dernière assemblée des canaux bretons, s'est déclarée opposée au goudronnage du halage, considérant qu' on n'était pas dans un univers urbain. Il en est de même de la Ligue de canoë – kayak de Bretagne et du service du patrimoine maritime et fluvial de la Direction Régionale des Affaires Culturelles.
. Abattage d' arbres: chacun sait que les arbres plantés le long des voies répondaient à la fois à la volonté de créer un paysage spécifique et à un souci de rapport. De ce fait, ils étaient coupés de façon régulière quand ceux ci arrivaient à maturité. Même si cette pratique n'est pas aujourd'hui condamnable, si l' on replante aussitôt, on peut se poser la question de savoir s' il ne serait pas nécessaire de conserver les essences les plus nobles et à la durée de vie longue comme le hêtre, notamment quand elles se situent dans des sites stratégiques comme le Pont d' Oust à Peillac ou l'île aux Pies à Saint Vincent/Oust, et d' éviter les coupes sur de trop long linéaires.
. Consolidation et restauration des rives: Si celles ci sont indispensables avec l' érosion des berges liée à la navigation et surtout à la prolifération des ragondins, est il forcément impératif de n'avoir toujours recours qu' à l'enrochement pour les réhabiliter? Les travaux réalisés le long du canal d' Ille et Rance ces dernières années proposent des réalisations alternatives tout à fait convaincantes et plus respectueuses de l' environnement.
. Suppression de certains bâtiments de services: Pourquoi avoir détruits certains de ceux ci, dans des sites stratégiques comme à l'écluse de Limur à Peillac où un hangar encore de bonne facture permettait aux pêcheurs, pique - niqueurs ou randonneurs de se protéger de grains passagers, d'intempéries de courte durée ? Est il prévu des solutions de remplacement ?
. Accès au canal: Si personne ne conteste l'interdiction faite aux automobilistes de circuler sur le halage, pourquoi avoir supprimé, à proximité des sites naturels d'accès au canal, les possibilités de stationnement de véhicules, notamment pour les personnes handicapées ou les pêcheurs, par un mauvais positionnement des barrières nouvellement installées? Cela donne le sentiment à beaucoup d' usagers du halage du peu d' intérêt portés par le Département aux besoins, usages et pratiques locaux de loisirs ?
A travers ces différents commentaires, il apparaît clairement que nombre des réactions actuelles du terrain auraient pu être évitées par une concertation préalable. Si l'on ne veut pas qu' elles perdurent, voire qu' elles s' aggravent, je pense qu' il serait nécessaire de revoir rapidement certains types de travaux prévus ou de remédier à ceux qui ont été effectués et qui se révèlent peu fonctionnels ou peu cohérents. J' ai conscience aussi que cela ne sera pas forcément facile, en raison des marchés conclus par le Conseil général avec les entreprises retenues, mais je pense qu'il serait dommage de ternir l' image de la voie verte la plus emblématique et la plus recherchée de Bretagne - le halage du canal de Nantes à Brest - par certains traitements inappropriés.
Je souhaite vivement, avec d'autres élus riverains du canal et différents usagers du chemin de halage, vous rencontrer dans les meilleurs délais pour exposer de vive voix nos propositions et en discuter, dans le plus grand intérêt de l'art de vivre et du tourisme dans le Morbihan.
Dans cette attente, je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l'expression de ma meilleure considération.
Jean – Bernard Vighetti
Maire de Peillac |